Nov 26 2017

Cœur d’Ostrevent veut s’engager davantage dans la lutte contre les perturbateurs endocriniens

LA VOIX DU NORD le 30/10/2017

DOUAISIS

Cœur d’Ostrevent veut s’engager davantage dans la lutte contre les perturbateurs endocriniens

Les perturbateurs endocriniens sont suspectés d’aggraver le mauvais état sanitaire d’une population, dont les indicateurs de santé sont très mauvais comparés à la moyenne française. Cœur d’Ostrevent veut donc s’engager de manière plus ambitieuse dans ce problème de santé publique.

Le Dr Brigitte Simonot, Dany Hallant, Frédéric Delannoy, les Drs Paul Cordonnier et Michel Simonot : tous selon leur place et leurs compétences souhaitent réduire les risques liés aux perturbateurs endocriniens.

C’est un tableau apocalyptique qu’ont dressé trois médecins de l’Association promotion recherche environnement santé (APRES) sur les perturbateurs endocriniens, lors d’une conférence de presse tenue en présence d’élus au siège de la Communauté de communes de Cœur d’Ostrevent (CCCO), en appui des actions menées par cette dernière pour diminuer la présence de ces substances dans notre environnement. Apocalyptiques, car ces produits chimiques sont partout.

Dans cette partie du bassin minier où les indicateurs de santé ne sont pas bons, ils auraient un effet multiplicateur sur les maladies au sein d’une population exposée. Exposée car elle a récupéré tout un passé industriel composé d’activités polluantes (mines, des usines comme Metaleurop, la centrale thermique d’Hornaing, etc.), qui ont laissé dans le sol et les eaux des produits dangereux comme les métaux lourds.

Ce passé industriel s’est accompagné d’habitudes de vie rudes qui perdurent au sein d’une population dure au mal, peu sensible aux messages de prévention santé. Pour couronner le tout, ces industries qui ont laissé des séquelles ont disparu, ajoutant un taux de chômage record à cette liste inquiétante. Cette mauvaise santé économique participe à la mauvaise santé tout court. Des maux contemporains, comme la pollution par les gaz d’échappement des voitures, ont pris leur juste place dans ce tableau qui maintenant est coiffé par les perturbateurs endocriniens. Sur un terrain aussi propice, ces derniers feraient des ravages.

« Les pires indicateurs de santé »

Peut-on objecter que ces médecins, à force de creuser leur sujet, sont victimes d’un effet de loupe expliquant un discours dramatisant qui peut laisser sceptique ? «  Ces données sur les perturbateurs endocriniens, au sein du monde scientifique, ne font plus débat  », insiste le Dr  Paul Cordonnier, président d’APRES. «  Hausse des maladies chroniques (cancers, diabète, etc,),  augmentation des troubles de la sphère autistique effrayante  », voilà selon les Drs  Cordonnier, Brigitte et Michel Simonot quelques-uns des effets sur notre santé des produits chimiques divers et variés, présents partout, qui perturbent le fonctionnement du système hormonal.

Chacun appréciera ce diagnostic comme il l’entend, et dont il est difficile de prendre la mesure sans s’y intéresser sérieusement. Restent les indicateurs de santé («  Dans le Douaisis comme dans le bassin minier, on a les pires  ») et un problème largement sorti de la sphère des spécialistes. Cœur d’Ostrevent, précurseur en la matière, veut aller plus loin dans la lutte contre les perturbateurs endocriniens.

Une série d’actions nouvelles

Première intercommunalité, en 2015, à s’engager dans la démarche Villes et Territoires sans perturbateurs endocriniens, Frédéric Delannoy, son président, veut aller plus loin, fort du constat pas bon du tout dressé par l’association APRES. Arrêt par les communes de l’utilisation de produits phytosanitaires, achats groupés de produits de ménage et d’entretien sans perturbateurs endocriniens destinés aux communes membres volontaires, développement des circuits courts pour que les scolaires trouvent dans leur assiette des produits alimentaires pas transformés et garantis bios… voici quelques axes de cette politique qui n’est cependant plus jugée assez ambitieuse.

Dany Hallant, maire de Vred et vice-présidente en charge de la santé a annoncé quelques mesures nouvelles au cours de cette conférence de presse : «  l’achat d’une exposition spécifique sur les perturbateurs endocriniens  », qui tournera dans les communes ; sensibiliser les enseignants à l’information des enfants ; créer des ateliers de fabrication de produits naturels d’entretien, de cosmétiques sans perturbateurs endocriniens  ; «  d onner l’information suivante aux habitants : où se trouvent les perturbateurs endocriniens  » ; avec une volonté de toucher les femmes enceintes et les jeunes enfants, surexposés.

La Communauté de communes de Cœur d’Ostrevent (CCCO) a été invitée dernièrement à participer à la première conférence organisée, à Paris, par le Réseau environnement santé sur les perturbateurs endocriniens, en présence de la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Écologie, Brune Poirson. Ce que les uns et les autres y ont entendu a renforcé la volonté de l’intercommunalité de limiter l’exposition des habitants de la CCCO à ces produits, du moins, à certains. «  Il est nécessaire que les gens se mobilisent autour de ce sujet, sinon cela ne marchera pas  », insiste pour sa part M. Delannoy, qui va jusqu’à parler de « mobilisation citoyenne  ». À Cœur d’Ostrevent de la créer.

Quelques dates à retenir : Atelier de fabrication de produits naturels d’entretien dimanche 19 novembre, de 10 h à 12 h, au foyer rural de Vred ; mercredi 20 novembre, à 14 h, au centre social Jean-Moulin, à Écaillon ; vendredi 24 novembre, de 9 h 30 à 11 h 30, à la médiathèque, à Hornaing ; samedi 9 décembre, à 10 h, à la bibliothèque, à Warlaing. Mercredi 29 novembre, à 18 h, conférence sur les toxiques autour de l’enfant au foyer rural de Vred.

Une surmortalité générale

Les chiffres communiqués par l’association APRES, recueillis auprès de différentes instances sanitaires et réseaux où elle siège, sont révélateurs d’une situation sanitaire très dégradée. Le Douaisis est, dans ces statistiques, compris dans le Hainaut qui regroupe également le Valenciennois, l’arrondissement de Maubeuge et le Cambrésis. Il peut y avoir de légères différences d’un arrondissement à un autre mais tous participent à la tendance générale.

Ce qui frappe, c’est la surmortalité générale par rapport à la moyenne hexagonale : + 51 % chez les hommes de moins de 65 ans, + 41 % chez les femmes de moins de 55 ans avec deux causes principales de décès sur la période 2006-2013. D’abord les cancers (+ 55 % chez les hommes de moins de 65 ans, + 20 % chez les femmes de moins de 65 ans), suivis des maladies cardiovasculaires (+ 60 % chez les hommes de moins de 65 ans, + 75 % chez les femmes de plus de 65 ans).

Ces chiffres décrochent nettement de la moyenne française, moins de celle des Hauts-de-France, même s’ils sont supérieurs. Ce ne sont cependant pas les pires de la proche région, ce qui ne peut pas être perçu comme un réconfort vu leur niveau.